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L'ESPRIT D'UN TERROIR


    Gilles d'Auzac de Lamartinie Photographies et mise en pages Jean-Claude Berrouet Textes
    120 pages au format 26,5 x 22 cms. Publié en juin 1997 aux éditions Premier Pas



  • P. 27 : mains adroites, fermes, intelligentes, pour reprendre les fils, tailler le bon bois, mettre en fagots les sarments, écraser une baie pour apprécier sa pulpe, malaxer le marc pour savoir s’il est bien égoutté, habiller l’esquive de bois avec le jonc fendu… elles fascinent.

  • P. 31 : sur le plateau, un jour d’avril, «Rêveuse», la dernière jument travaillant dans le vignoble de Saint-Emilion, tire la charrue pour déchausser des ceps centenaires. Derrière, le laboureur respire les effluves de la bête mêlés à l’âcreté crayeuse de la terre.

  • P. 41 : année après année, la vie recommence, acte merveilleux du monde végétal. Le débourrement précède l’éclosion des tendres feuilles aux teintes pastel, qui captent déjà les premiers rayons du soleil. Délicatement, les grappes fleurissent, libérant des senteurs complexes et subtiles que seul le promeneur des vignes printanières peut connaître. La vigne, cette vieille liane qui résiste aux intempéries, s’accroche solidement grâce à ses vrilles capricieuses aux fils de fer que l’homme lui a déposés.

  • P. 43 : un petit coin entre Garonne et Dordogne où l’homme, pour son plaisir, sait protéger la nature en faisant jouxter harmonieusement la vigne et les bosquets – dernier refuge d’un gibier tant convoité.

  • P. 61 : tant de secrets d’alcôves ou de buissons se cachent dans nos campagnes…
    Quel vin se dissimule derrière la petite fenêtre du chai, couverte de glycine?
    En cette chaude fin d’après-midi, que fait la belle vigneronne sans son chapeau de paille?

  • P. 71 : enfin la vendange tant espérée!
    Bien placé sous le pied, le panier de bois devient un berceau provisoire.
    Dans les Côtes de Bourg, un vieux cuvier creusé dans la roche calcaire, semble attendre le vin qui va naître pour mieux le protéger. L’odeur humide et champignonnée de la cave se taira; ce sont les vapeurs carboniques, caractéristiques de la fermentation, qui imprégneront la cour. Ces tas de rafles veuves de leurs baies, seront compostés; il leur tarde d’aller renourrir la terre qui les a produites.

  • P. 73 : l ’adieu du clocher de Saint-Emilion à la nouvelle récolte, entassée et prisonnière dans les cagettes.
    Les grains de raisin, gorgés de soleil et recouverts de la pruine, se sont parés d’un habit satiné.
    Ils nous invitent à les palper, à les croquer une dernière fois, avant de disparaître dans la gueule du fouloir-égrappoir.


  • P. 79 : symphonie rouge bordeaux autour d’un pressoir vertical, dont la cage de bois laisse passer lentement ses larmes colorées.
    Le marc s’assèche peu à peu et une fois épuisé se laisse démouler tel un gâteau immense.
    Le scourtin de chanvre, teinté à vie, doit sécher au soleil, puis attendre les prochaines vendanges.

  • P. 85 : à l’automne, ces fameux brouillards escaladent les douces pentes entre Preignac, Barsac et Sauternes, pour napper de leurs
    perles humides les fruits dorés, favorisant ainsi le développement de leur dernier compagnon de voyage: le botrytis.


  • P. 93 : au fil du temps, dans les barriques bien alignées, le vin nouveau se clarifie lentement.
    Le soutirage permet d’éliminer les lies grâce à un matériel insolite: fontaine bordelaise, botte, crapaud, bassin, bidon pour l’ouillage.
    Le deuxième hiver, le vin collé aux blancs d’œuf dépose des lies plus lourdes et irisées, qui semblent recouvrir de moire la baille à lies.

  • P. 99 : lieu de traditions, le chai à barriques personnalise les vins; il devient parfois une salle de spectacle pour un théâtre muet.

  • P. 101 : dans le ventre des barriques, le vin mûrit tranquillement pendant des mois et des mois.
    Seul moment agité de ce lent élevage: le soutirage, opération importante et délicate.
    Le vin se libère ainsi tous les trois mois, s’écoulant par la fontaine bordelaise pour respirer un bon coup. C’est l’œil et la main de l’homme, ensuite, qui viennent pour séparer, à l’aide d’une source lumineuse, les lies déposées d’avec le vin limpide.
    La flamme fragile, l’odeur cireuse et fumeuse de la bougie ont disparu; place à la baladeuse électrique qui éclaire intensément le verre du «tireur»!

  • P. 103 : dans un cuvier médocain: les épousailles heureuses du bois et de l’inox.
    Ces cuves modernes, judicieusement conçues avec leur tronc conique et leurs anneaux pour l’échange thermique, rappellent les anciennes cuves en bois cerclées d’acier.
    Planches et charpentes, réagissant aux jeux de lumière, apportent à la rigueur lisse du métal, la chaleur rugueuse du bois.

  • P. 113 : la table est mise; dans les carafons au long col et les premiers verres déjà remplis, les vins décantés embaument subtilement la salle à manger… on n’attend plus que les convives.
    Le soleil seul est autorisé à entrer; c’est lui qui, rougeoyant, instillera les cœurs au moment de la fête.


  • P. 115 : saisir le pied d’un verre avec fermeté pour regarder la robe du vin qui danse doucement,
    Sentir les parfums évocateurs de lieux que seule la mémoire connaît,
    Toucher enfin de ses lèvres le bord de cristal où arrive la vague désirée par le palais…
    C’est le plaisir de boire.



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