L’épopée
de Vyasa n’est pas une œuvre périmée, destinée
à être rangée sur les étagères vétustes
d’une bibliothèque. Elle traite d’un des plus grands
bains de sang qu’ait connus l’humanité. C’est
des propres fils de l’auteur qu’il s’agit, et de leur
destruction réciproque. Il a engendré Dhritarashtra et Pandu,
dont les fils légitimes et illégitimes s’entretuent.
Vyasa décrit cet effondrement moral massif en des termes qui semblent
spécialement appropriés à notre époque.
Il a en
outre son mot à dire sur le surnaturel et l’occulte, l’objection
de conscience et le pacifisme (le dialogue d’Arjuna et de Krishna
dans le livre VI), la libération de la femme (le défi de
Draupadi dans le livre II), la liberté sexuelle (les nombreuses
relations amoureuses d’Arjuna), la guerre cataclysmique, et sur
toute une série d’autres thèmes contemporains.
Mais l’épopée
du jour du Jugement Dernier n’est pas nécessairement l’épopée
du désespoir; c’est aussi l’instrument d’une
expérience cathartique, libératrice. Tout connaître,
c’est tout transcender; tout pardonner, peut être. La vision
de la totalité que nous offre Vyasa suffit à nous aider
à ressentir moins de malveillance envers nos ennemis, pour atténuer
le mépris que nous portons aux fanatiques et aux sots, pour diminuer
la colère ou l’indifférence que nous cultivons envers
les gens, les choses et les idées qui ne cadrent pas avec notre
mode de vie et notre comportement.
Condenser
l’immensité de l’épopée de Vyasa pour
en extraire, de façon assimilable, le cœur du récit,
n’est pas une tâche facile; et ce, parce que nous avons tous
nos propres idées, souvent dogmatiques, de l’essentiel et
de l’accessoire. Je n’ai eu qu’un seul critère:
le Mahabharata essentiel est tout ce qui a un sens pour nous dans la deuxième
moitié du vingtième siècle; tout ce qui nous aide
à mieux comprendre et à mieux vivre nos propres Dharma,
Artha, Kama et Moksha; tout ce que nous aimerions voir légué
à nos enfants, afin qu’ils en retirent une pénétration
et une perspective plus claires de cette réalité complexe
qu’est l’existence. Qu’ils en soient rendus, une fois
adultes, plus aptes que nous ne le fûmes, peut-être, à
choisir ce qu’ils pensent être essentiel dans le Mahabharata
pour l’époque dans laquelle vivront et mourront leurs propres
enfants. Aucune épopée, aucune œuvre d’art n’est
sacrée en elle-même; si,aujourd'hui, elle n’a pas -pour
moi- de signification; elle n’est rien, elle est morte.
Purushotama Lal

SITUATION DU MAHABHARATA DANS LE TEMPS
Le Mahabharata
est maha-kavia, la grande épopée; mais c’est traditionnellement
aussi, le cinquième Véda; et, bien sûr, c’est
itihasa, l’histoire.
*Pour comprendre
la signification historique du Mahabharata, il est bon de se familiariser
avec la conception indienne de l’histoire et du temps.
L’étude
de l’histoire a un but et un rôle bien précis pour
la vie humaine. Elle a pour objet d’enseigner à l’esprit
du temps présent les faits du passé afin de lui assurer
un présent et un avenir meilleurs. Chaque génération
peut ainsi profiter des réalisations du passé et progresser
vers une plus grande sagesse dans la vie.
Ce n’est
pas la connaissance de l’ordre chronologique des événements
qui donne une maturité à l’esprit des étudiants
en histoire; c’est la signification de ces événements
qui est importante. Les historiens indiens se sont essentiellement attachés
à cet aspect. Ils n’ont conservé, afin que toutes
les générations puissent les lire, que les grands moments
de la longue histoire du temps qui pouvaient contribuer à l’intégration
de la vie humaine. Leur objectif a été avant tout d’inspirer
les hommes, aussi bien en tant qu’individus qu’en tant que
membres de la société.
Véda
Vyasa, qui fut un sage à la vision illuminée et que l’on
considère comme le plus grand historien de la culture aryenne de
l’Inde, eut à rendre compte d’une très longue
période de temps. Homme consciencieux et pleinement intégré,
il ne pouvait écrire chronologiquement l’histoire de cette
période incommensurable, jour après jour, année après
année. Il ne pouvait que sélectionner des événements
particuliers et les transcrire de façon à inspirer et à
guider les hommes de toutes les époques sur le chemin de l’évolution,
c’est à dire de façon à leur apprendre à
réaliser l’intégration de la vie. C’est pourquoi
on ne trouve aucun ordre chronologique dans l’histoire de l’Inde.Vyasa
pensait qu’il eût été absurde de fixer chronologiquement
tous les événements dans le seul but de les relier sur la
longue route du temps.
Il est,
de plus, matériellement impossible de transcrire dans une succession
chronologique l’histoire de millions d’années. Dans
le cas de petits pays qui n’ont que quelques milliers d’années
de civilisation, les historiens peuvent fort bien conserver un ordre chronologique
tout en donnant une vue d’ensemble d’un espace et d’un
temps réduits. Mais Vyasa avait une vision claire de toute l’étendue
du temps depuis le jour de la création. Un tel esprit ne saurait
ni ne voudrait attribuer à la chronologie une quelconque valeur.
La conception
indienne du temps, telle qu’elle est exposée ci-dessous,
montre clairement à quelle situation Vyasa et d’autres historiens
de l’Inde se sont vus confrontés.
Le temps
est un concept dont on se sert pour mesurer l'éternité.
Les historiens de l'Inde fondent leur conception du temps sur l'Etre éternel.
Pour eux, l'éternité est le champ fondamental du temps.
Pour parvenir
à une conception de l'éternel, la meilleure unité
de mesure sera la durée de vie de ce qui possède la plus
grande longévité dans le domaine relatif de la création.
Pour la vision illuminée de Vyasa, c'est la Mère Divine,
la Mère Universelle, cause ultime de tout ce qui est, fut et sera
dans le cosmos tout entier.
L'éternité de la vie éternelle de l'Etre absolu est
ainsi conçue comme la succession des innombrables vies de la Mère
Divine. Une seule de ces vies contient mille vies du Seigneur Shiva. Une
vie du Seigneur Shiva couvre le temps d'un millier de vies du Seigneur
Vishnu. Une vie du Seigneur Vishnu équivaut à la durée
d'un millier de Brahma, le Créateur.Une vie de Brahma contient
cent années de Brahma; chaque année de Brahma comprend douze
mois de Brahma, et chaque mois comprend trente jours de Brahma. Un jour
de Brahma est appelé Kalpa. Un Kalpa équivaut à la
durée de quatorze Manus. La durée d'un Manu est appelée
Manvantara. Un Manvantara équivaut à soixante et onze Chaturyugis.
Un Chaturyugi comprend la durée totale de quatre Yugas,c'est à
dire, Sat-Yuga, Treta-Yuga, Dvapara-Yuga et Kali-Yuga. La durée
des Yugas se calcule à partir de celle du Sat-Yuga: ainsi la durée
du Treta-Yuga est égale aux trois quarts de celle du Sat-Yuga;
celle de Dvapara-Yuga, à la moitié du Sat-Yuga, et celle
du Kali-Yuga, à un quart du Sat-Yuga. La durée du Kali-Yuga
équivaut à 432 000 années de la vie humaine.
Considérons
à présent la durée de la création. Depuis
combien de milliards de millions d'années le monde n'existe-t-il
pas! Même si le compte rendu d'une année devait occuper une
page, ou même une seule ligne, comment pourrait-on lire une telle
histoire et en appliquer la leçon dans sa vie?
Voilà pourquoi les historiens de l'Inde n'ont pas conservé
l'ordre chronologique. Non seulement il n'a pas d'utilité pratique,
mais encore il est considéré comme étant superflu,
inutile, voire préjudiciable à l'objet même de l'histoire.
Tout ceci
devrait demeurer présent dans l'esprit des historiens modernes
qui ont tendance à rejeter comme non historique toute série
d'événements dans laquelle ils sont incapables de trouver
un ordre chronologique correct. Il est déplorable que de si précieux
récits de la vie humaine à son niveau le plus élevé
(récits que l'on trouve abondamment dans les documents historiques
de l'Inde antique) aient pu être considérés comme
des mythes. On devrait reconnaître au contraire qu'ils racontent
l'histoire la plus utile de la plus haute civilisation qui ait jamais
existé sur terre.

3. L'AXE DU RECIT
Un résumé
des dix-huit livres sera peut-être, pour le lecteur désorienté,
la meilleure introduction dans l'univers à tiroirs du Mahabharata.
Le résumé très sommaire qui suit a été
tiré de l'essai sur le Mahabharata dans l'Hindouisme Religieux
(St. Paul's Publications, Allahabad, 1964), que nous avons encore abrégé
ici.
Livre
1 : le premier quart du Livre 1 sert d'introduction. L'histoire
commence par un exposé de la généalogie des Bharatas.
L'aïeul de la maison royale des Kurus et Shantanu. Shantanu a épousé
la déesse Ganga, leur fils est Bhishma. Shantanu épouse
en seconde noce la fille d'un pêcheur, Satyavati; elle lui donne
deux fils, Chitrangada et Vichitravirya. Ceux-ci meurent sans enfant.
Bhishma refuse de rompre son voeu de chasteté, il est fait appel
à Vyasa, le fils illégitime de Satyavati, afin qu'il engendre
des descendants. Vyasa est très laid; à son contact, la
première veuve de Vichitravirya ferme les yeux, son fils Dhritarashtra
naîtra aveugle. La deuxième veuve blêmit, son fils,
Pandu, aura le teint blême. Vyasa a un troisième enfant,
Vidura, d'une servante du palais.
Bhishma,
souverain vertueux, prépare le mariage de ses trois neveux.
Dhritarashtra, le prince aveugle, épouse Gandhari; il aura cent
fils, dont l'aîné est Duryodhana. Pandu a deux épouses;
l'une, Kunti - déjà mère d'un fils, Karna -, lui
en donnera trois autres: Yudhishthira, Bhima et Arjuna; et l'autre, Madri,
engendrera Nakula et Sahadéva. (On apprendra qu'en réalité
les cinq fils de Pandu ont été procréés par
cinq dieux: Yudhishthira par Dharma, dieu de la Justice; Bhima par Vayu,
dieu du Vent; Arjuna, par Indra, le Seigneur des Dieux; et les jumeaux
par les Ashwins, médecins des dieux). Pandu, devenu roi à
cause de la cécité de son frère, meurt; l'aveugle
Dhritarashtra assumera le pouvoir royal. Les cinq fils de Pandu et les
cent fils de Dhritarashtra sont éduqués ensemble à
la cour d'Hastinapur. Rivalité et animosité ne tardent pas
à naître entre les cousins. Sous les conseils de deux brahmanes
érudits, Kripa et Drona, ils progressent dans l'étude des
arts de la guerre. Deux autres élèves viennent s'ajouter
au groupe: Ashvatthaman, le fils de Drona, et Karna, le fils de «basse
origine» de Kunti. Karna est négligé par ses demi-frères
royaux, il en vient à épouser la cause des fils de Dhritarashtra,
nommés les Kauravas; les fils de Pandu, eux, sont connus comme
les Pandavas.
Quand Yudhishthira
atteint l'âge requis, le vieux roi Dhritarahtra le désigne
comme son successeur; les pandavas y gagnent en prestige et en pouvoir.
Un complot est organisé contre eux par Duryodhana, son jeune frère
Duhshasana, Shakuni, leur oncle maternel – vieux coquin fourbe et
méchant – et Karna. Ils leur font construire une maison en
laque, dans laquelle les Pandavas et leur mère sont invités
à résider. Avertis à temps par Vidura, ils s'en échappent
- après y avoir mis le feu - par un passage souterrain, et vont
se réfugier dans la forêt. Les Kauravas, croyant leurs cousins
morts, procèdent aux rites funéraires. Pendant ce temps,
dans la forêt, les pandavas sont menacés par le géant
Hidimba. Bhima se débarrasse du démon, dont il épouse
la soeur. De cette union naîtra un fils, Ghatotkasha.
Le roi de
Panchala, Drupada, dont le royaume a été partiellement conquis
par Arjuna, prépare, sous l'instigation de Drona, le svayamvara
de sa fille Draupadi. Un svayamvara est un mariage traditionnel au cours
duquel, la jeune fille est autorisée à choisir un époux
parmi les nombreux candidats invités. Les pandavas, déguisés
en brahmanes, se dirige vers la capitale de Drupada, où sont déjà
réunis les Kauravas, ainsi qu'une suite d'autres princes. Le fils
du roi, Dhrishtadyumna, déclare que celui d'entre les prétendants
qui arrivera à bander l'arc de son père et à toucher
la cible épousera Draupadi. Un à un, les princes essaient,
mais échouent. Finalement, Karna, le fils naturel de Kunti, est
sur le point de réussir, quand Draupadi annonce qu'elle refusera
d'épouser un conducteur de char ( Karna, après son abandon,
avait été recueilli par un conducteur de char, Adhirata,
et son épouse Radha). Arjuna se lève alors d'entre les rangs
des brahmanes; il bande l'arc et atteint la cible. Draupadi lui remet
la guirlande indiquant son choix. Les princes sont furieux, Drupada, le
roi, est menacé; Bhima et Arjuna prennent sa défense et
déroutent les agresseurs. Les cinq Pandavas, accompagnés
de Draupadi, rejoignent leur mère; ils décident qu'elle
sera leur épouse commune. Krishna et Balarama les félicitent.
L'identité des Pandavas est révélée. Le vieux
Dhritarashtra leur donne la moitié du royaume, et ils s'établissent
à Indraprastha (identifiée comme la Delhi actuelle).
Les cinq
frères, afin d'éviter la jalousie et les dissensions entre
eux, s'accordent pour que jamais ne soit troublée une rencontre
privée avec Draupadi. Un jour, Arjuna se voit obligé, pour
y chercher ses armes, de pénétrer dans la pièce où
se tiennent seuls Yudhishthira et Draupadi. Il s'exilera, et aura de nombreuses
aventures amoureuses et héroïques. A Dvaraka, il rend visite
à Krishna et tombe amoureux de sa soeur Subhadra; il aura d'elle
un fils, Abhimanyu. L'amitié entre Arjuna et Krishna grandit chaque
jour.

Livre
II : les Pandavas se lancent dans une série de conquêtes,
qui confèrent à Yudhishthira le droit d'assumer le titre
de «Souverain du Monde». Un grand sacrifice, appelé
Rajasuya, est sur le point d'être célébré,
tous les princes y sont invités. Duryodhana et ses frères
en éprouvent une haine et une jalousie violentes; leur oncle Shakuni
leur suggère un moyen d'humilier les Pandavas. Yudhishthira est
invité à une partie de dés au cours de laquelle il
affrontera Shakuni, tricheur expert, qui gagnera. Le vieux roi Dhritarashtra,
après quelques hésitations, donnera son consentement. Yudhishthira
perd ses trésors, sa richesse, ses bijoux, son char, ses esclaves,
ses éléphants et ses chevaux. Il mise ensuite son territoire
et son royaume. Incapable de contrôler sa passion, il mise ses propres
frères, et se met lui-même en jeu. Finalement, après
s'être perdu, tenté par Shakuni, il mise son épouse
et la perd. Les Kauravas exultent. Draupadi refuse d'apparaître
dans la salle de jeux, et Duhshasana va la chercher; il l'y entraîne
en la tirant par les cheveux. Bhima, incapable de supporter le traitement
dont est victime son épouse, fait le terrible serment d'éventrer
Duhshasana quand viendra la guerre, et de boire son sang. Duryodhana insulte
Draupadi, et Bhima jure de la venger. Le vieux roi Dhritarashtra prend
peur; à la demande de Draupadi, il rend aux Pandavas leur liberté
et leur royaume. Mais Duryodhana, dont la haine est inapaisable, obtient
de son faible père - qui l'adore - que soit jouée une dernière
partie de dés. Le perdant devra cette fois partir en exil pour
une période de douze ans, et vivre une année de plus incognito.
Livre III: les Pandavas, à la grande douleur du
peuple, prennent le chemin de la forêt. Vidura exhorte en vain Dhritarashtra
à les rappeler. Krishna leur rend visite et leur suggère
de se soulever. Draupadi et Bhima acquiescent, mais Yudhishthira décide
de tenir sa parole. En quête d'armes célestes, Arjuna passe
cinq ans au paradis d'Indra. Ses frères et Draupadi connaissent
pendant ce temps-là la dure existence des ermites dans la forêt.
Brihadashva, un sage, raconte à Yudhishthira, pour le consoler,
l'histoire de Nala et de Dayamanti, un récit émouvant d'amour
et de misère. Ils visitent les lieux saints et écoutent
les récits des sages et des guerriers. Des démons les menacent,
Bhima en vient à bout. Arjuna revient du paradis d'Indra, il en
ramène des armes occultes. Pendant quatre ans, ils vivent heureux
dans le jardin de Kubera. De retour dans la forêt, ils écoutent
des récits et reçoivent des instructions que les saints
prennent plaisir à leur transmettre. Duryodhana, ayant pris connaissance
du lieu de retraite de ses cousins décide d'aller les humilier;
il est fait prisonnier par des gandharvas, et à sa totale déconvenue,
les Pandavas le libèrent. Karna entreprend de vastes conquêtes,
et Duryodhana prend le titre de «Monarque Universel». Jayadratha,
le roi des Sindhus, enlève Draupadi, les Pandavas la sauvent. Déprimés
par la misère de leur exil, ils sont réconfortés
par l'histoire de Rama et de Sita. Ils écoutent aussi l'histoire
poignante de Savitri qui, par la fidélité de son amour,
a pu ramener son mari du royaume de Yama, le dieu de la mort. Yudhishthira
craint Karna qui a reçu le don d'invulnérabilité.
Indra, déguisé en brahmane, obtient de Karna l'armure et
les boucles d'oreilles qui le rendent invulnérable; il lui remet
en échange une lance mortelle qui ne peut servir qu'une fois. Les
quatre plus jeunes Pandavas meurent en buvant une eau ensorcelée;
Yudhishthira les ramène à la vie en répondant aux
questions du Yaksha propriétaire du lac.
Livre IV: douze années se sont écoulées
et les Pandavas doivent garder douze mois encore l'anonymat. Ils cachent
leurs armes à proximité du royaume de Virata, et entrent
au service de ce dernier. Yudhishthira en devient le conseiller, Bhima
est engagé comme cuisinier, Arjuna comme maître de danse,
Nakula comme dresseur de chevaux, Sahadéva comme bouvier, et Draupadi
comme femme de chambre. Bhima se distingue aussi en tant que lutteur.
Quand le beau-frère du roi tente de s'en prendre à Draupadi,
Bhima l'étrangle. Les cinq frères, toujours dans l'anonymat,
aident le roi Virata à vaincre les Trigartas et les Kauravas. Puis,
la treizième année d'exil écoulée, ils dévoilent
leurs identités; Virata donne en mariage à Abhimanyu, le
fils d'Arjuna, sa fille Uttara.

Livre V: tandis qu'un traité de paix est envisagé,
chaque partie essaie d'enrôler des alliés. Les deux camps
sollicitent Krishna: Duryodhana choisit son armée, Arjuna ses conseils
et son soutien personnel. Le roi Shalya combattra aux côtés
des Kauravas en tant que pilote du char de Karna; il s'accordent cependant
avec Yudhishthira pour manoeuvrer le char de telle façon que Karna
soit mis en position défavorable. Duryodhana, malgré les
supplications de ses vieux parents, Dhritarashtra et Gandhari, refuse
la paix. Krishna essaie en vain de persuader Karna de se ranger du côté
des Pandavas; Kunti tente aussi de l'influencer en lui rappelant qu'elle
est sa mère. Mais karna, malgré la révélation
du secret de sa naissance véritable par le dieu Surya, décide
de rester fidèle à son ami Duryodhana. Les deux armées
marchent vers Kurukshetra. Le commandant des forces Pandavas est Dhrishtadyumna,
fils de Drupada et frère de Draupadi; celui des Kauravas est Bhishma.
Livre VI: Sanjaya, le conducteur du char du vieux roi
aveugle, reçoit de Vyasa la faculté de tout connaître
de ce qui se passe sur le champ de bataille; il en relate chaque détail
à Dhritarashtra. A cet endroit sont insérés les dix-huit
chapitres de la Bhagavad-Gîta: Krishna, conducteur du char d'Arjuna,
lui enseigne la science de l'Etre et lui enjoint de combattre, même
si dans les rangs ennemis se trouvent certains de ses parents. Le long
et magnifique discours est une oeuvre séparée qui rompt
la narration de la bataille. Pendant dix jours, les héros des deux
armées s'affrontent résolument. A la nuit tombée,
les Pandavas vont consulter Bhishma, le chef de leurs ennemis, et ils
apprennent de lui qu'in ne cessera de combattre qu'en face de Shikhandin.
Shikhandin est un enfant de Drupada né fille, et plus tard transformé
en homme. Bhishma, le considérant d'après le sexe de sa
naissance et ayant fait voeu de ne pas combattre une femme, refusera de
l'affronter. Arjuna, sous sa protection, transperce Bhishma de ses flèches.
Les deux armées se regroupent autour du héros tombé;
ils le quittent ensuite, le laissant -conscient- sur son lit de flèches.
Livre VII: Drona succède à Bhishma en tant
que commandant des forces Kauravas. Jayadratha, beau-frère de Duryodhana,
tue malhonnêtement Abhimanyu, le fils d'Arjuna. Celui-ci se venge
en exécutant Jayadratha. Dans le tumulte de la bataille, Karna
utilise la lance mortelle donnée par Indra, pour tuer Ghatotkasha,
le fils de Bhima, perdant ainsi le pouvoir de tuer l'un des Pandavas.
Drona tue Drupada et Virata. Krishna conçoit alors une ruse pour
éliminer Drona. Le subterfuge consiste à lui faire croire
qu'Ashvatthaman (son fils), est mort. Accablé de chagrin, Drona
pose ses armes et entre en profonde méditation. Dhrishtadyumna
décapite alors le vieux guerrier qui a déjà consciemment
quitté son corps. Le quinzième jour de la bataille se termine.
Livre
VIII: Karna succède à Drona. Le roi Shalya accepte
à regret de devenir le conducteur de son char. L'heure de la revanche
de Bhima est arrivée: il précipite Duhshasana hors de son
char, l'éventre et boit son sang, vengeant ainsi l'honneur de Draupadi,
Yudhishthira est blessé. Aprés lui avoir rendu visite, Arjuna
retourne au combat; un terrible duel l'oppose à Karna... Indra
soutient Arjuna et Surya aide Karna. La roue du char de Karna s'embourbe,
Arjuna profite de cette défaillance pour le tuer.
Livre IX: Shalya succède à Karna. Yudhishthira
l'affronte en combat singulier et le tue; tandis que Sahadéva achève
le vieux malicieux Shakuni. La plupart des héros kauravas sont
vaincus. Duryodhana, hormis trois guerriers -Ashvatthaman, Kripa et Kritavarman-
reste seul. Il se réfugie au bord d'un lac et, grâce à
ses pouvoirs magiques, s'y cache sous les eaux. Les Pandavas le retrouvent
et lui lancent un défi. Un duel à la massue, l'opposant
à Bhima, s'ensuit. Les autres assistent au combat. Krishna suggère
à Bhima de frapper à la cuisse; Duryodhana fléchit,
et Bhima lui donne un coup du pied gauche. Amèrement, Duryodhana
reproche à Krishna sa tricherie. Krishna part réconforter
Dhritarashtra et Gandhari. Duryodhana, blessé, nomme Ashvatthaman
chef de ce qu'il reste de son armée. Les Pandavas se retirent sur
les bords de l'Oghavati.
Livre X: les trois Kauravas survivants attaquent de nuit
les pandavas endormis. Seuls Krishna, les cinq frères et Satyaki
ne sont pas au campement. Ashvatthaman étrangle Dhrishtadyumna,
l'assassin de son père; allant ensuite de lit en lit, il extermine
sans merci tous les guerriers, les cinq fils de Draupadi inclus, ainsi
que Shikhandin. Des démons viennent rôder et festoient sur
les cadavres. Duryodhana est encore en vie pour apprendre qu'il a été
vengé. Folle de chagrin, Draupadi exige la punition d'Ashvatthaman;
celui-ci, en tant que brahmane ne sera pas tué, mais Krishna le
condamne à errer à la surface de la terre pendant trois
mille ans, évité et rejeté de tous.

Livre XI: les cinq frères rencontrent Dhritarashtra
et Gandhari; le vieux couple affligé finit par leur pardonner.
Les épouses des soldats Kauravas morts se rendent sur le champ
de bataille, et la vieille reine Gandhari, mère de cent fils tués
au combat, décrit un spectacle horrible. Ses fils gisent morts,
ils sont la proie des chacals et des démons. Ses belles-filles,
échevelées et frénétiques, pleurent et se
lamentent sur les corps de leurs époux. Puis, se tournant vers
Krishna, Gandhari le blâme de n'avoir pas empêché le
massacre, et le maudit. Les rites funèbres sont accomplis, et les
survivants se retirent sur les rives du Gange.
Livre XII: l'histoire véritable de la naissance
de Karna lui ayant été révélée, Yudhishthira
décide d'expier son fratricide en se retirant dans la forêt.
On le dissuade d'agir ainsi, et il est finalement installé sur
le trône. Krishna, accompagné des cinq frères, retourne
ensuite sur le champ de bataille; ils y retrouvent Bhishma, toujours en
vie, étendu sur son lit de flèches. Suit un immense discours
du héros qui ne se décide pas à mourir. Ce discours
peut se résumer en trois parties:
(1)Les devoirs d'un roi, les quatre castes et leurs rôles respectifs,
les quatre périodes de la vie, les devoirs des kshatriyas, l'administration,
la guerre, des préceptes généraux.
(2)La conduite à suivre en période de calamités:
on doit protéger les brahmanes à tout prix; l'alliance avec
ceux dont les intérêts sont communs; la mise en garde contre
la convoitise et l'ignorance; l'éloge de la maîtrise de soi;
une discussion sur les quatre valeurs fondamentales de la vie - Dharma
(la Justice), Artha (la prospérité), Kama (le plaisir),
Moksha (le Salut).
(3)Le Salut: sa condition fondamentale est tyaga, le non-conditionnement
que l'on atteint par l'expérience de la conscience transcendantale;
l'origine de l'univers; la vie et la mort; le bien et le mal; des préceptes
pour la vie quotidienne; la pratique de la méditation; la grandeur
de Vishnu; la focalisation sur l'Atman tout-pénétrant; la
compassion; le chef de famille et le reclus; les doctrines philosophiques
du Samkhya et du Yoga; le Narayaniya, qui prône Narayana comme l'Etre
Suprême.
Livre XIII: Bhishma poursuit son discours. Plusieurs
thèmes sont abordés: la loi du karma, le respect dû
aux brahmanes, le mariage et la succession, les rites funèbres,
le jeûne et les offrandes, la louange de Krishna. Après son
long discours, Bhishma annonce que l'heure de sa mort est arrivée.
Son âme monte au ciel en présence d'une foule considérable.
La cérémonie d'incinération est accomplie.
Livre XIV: on conseille à Yudhishthira d'accomplir
le Sacrifice du Cheval (Ashvamédha). A la demande d'Arjuna, Krishna
résume l'enseignement donné dans la Bhagavad-Gîta.
Ce résumé, appelé L'Anugita est divisé en
trois parties: l'instruction donnée par un Sidha à un brahmane,
l'instruction donnée par un brahmane à son épouse,
l'instruction donnée par un Guru à son disciple. Uttara,
l'épouse d'Abhimanyu, donne naissance à un enfant mort-né
à qui Krishna rend la vie; il reçoit le nom de Parikshit.
Les préparatifs du Sacrifice du Cheval débutent. Le cheval
est laissé en liberté, et on désigne Arjuna pour
le suivre et conquérir tous les territoires qu'il traversera. Au
bout d'un an, Arjuna revient avec le cheval, et le sacrifice est accompli
en présence de tous les rois assujettis par Arjuna. Les Pandavas
sont purifiés de tous leurs péchés. (Les derniers
chapitres de ce livre renferment une discussion sur la valeur du sacrifice:
ce n'est pas l'offrande qui compte, mais l'attitude intérieure
du dévôt).
Livre XV: le vieux roi Dhritarashtra et son épouse
Gandhari vivent quinze années durant avec leurs neveux. Le vieux
couple, accompagné de Kunti, de Vidura et de Sanjaya, se retire
dans la forêt. Les Pandavas leur y rendent visite. Vidura meurt
après avoir transmis à Yudhishthira ses énergies.
Dhritarashtra, Gandhari, Kunti et la plupart des survivants de la grande
guerre obtiennet de Vyasa la vision de tous les morts de Kurukshetra.
Deux ans plus tard, Yudhishthira reçoit la nouvelle du décés
des trois anciens qui ont péri dans un incendie de forêt.
Livre XVI : la malédiction de Gandhari à
Krishna se réalise: les Yadavas (le clan de Krishna) s'exterminent
mutuellement. Krishna, las, part se reposer dans la forêt où
un chasseur le tue.
Livre XVII: les cinq frères remettent les rênes
du royaume à Parikshit, le petit fils d'Arjuna, seul héritier
encore en vie des Pandavas. Ils prennent le bâton d'ascète
et, après avoir parcouru le pays, ils se retirent au Mont Meru
– Draupadi les accompagne. Au cours de l'ascension de la montagne
sacrée, ils meurent tous, sauf Yudhishthira, qui refuse d'entrer
au paradis si ses frères, son épouse et son chien n'y sont
pas avec lui. Le chien se retrouve être le dieu Dharma déguisé.
Indra promet à Yudhishthira qu'il les retrouvera tous.
Livre
XVIII: le premier spectacle du paradis offert à Yudhishthira
est la vision de Duryodhana siégeant sur un trône; il n'aperçoit
ni ses frères, ni Draupadi. Il demande à être conduit
en leur présence. On le guide sur le chemin des pécheurs
jusqu'en enfer; il les y retrouve suppliciés. Bien qu'il ait le
choix, il décide de rester avec eux. Indra lui apparaît,
lui révélant que tout cela n'était qu'une illusion
destinée à éprouver sa constance. On le ramène
au paradis où il retrouve ses frères, Draupadi et tous les
êtres aimés. On apprend que Draupadi était une incarnation
de la déesse Shri (Lakshmi, la Prospérité), et que
tous les autres héros de l'épopée étaient
des incarnations de différentes divinités.

Le thème de cette épopée est l'histoire de l'Inde.
Elle retrace l'histoire de la race Bharata, c'est pourquoi elle est appelée
Mahabharata.
Celui qui
interprète intelligemment le sens de cette grande épopée
Se voit lavé de toute impureté,
Son plaisir est dans Dharma, Artha et Kama,
Et il atteint la suprême Moksha.
Ce qui se trouve dans cette épopée
peut se rencontrer ailleurs;
Ce qui n'est pas dans cette épopée
n'est nulle part ailleurs.
C'est l'épopée de la Victoire.
Celui qui cherche le salut devrait l'écouter,
Les brahmanes et les rois devraient la lire;
Ainsi que les femmes enceintes.
Le chercheur du paradis obtiendra le paradis;
Le chercheur de victoire trouve la victoire;
La femme enceinte aura un fils
ou une fille chéri(e) par la prospérité.
Le puissant Vyasa, né sur une île,
qui ne reviendra pas,
A condensé le Mahabharata par amour du Dharma.
Narada l'a récité aux dieux,
Asita-Dévala aux mânes des ancêtres,
Shuka, aux rakshasas et aux yakshas,
Et Vaishampayana aux êtres humains.
C'est une histoire sacrée.
Aussi profonde et sainte que les Védas.
L'homme qui récite ou écoute cette épopée,
S'il le fait avec dévotion, s'en voit purifié.
Mères
et pères,
Epouses et fils,
Viennent par millions dans ce monde, et le quittent.
Mille prétextes de joie,
Mille prétextes de peine -
L'ignorant est leur victime,
Le sage ne s'en émeut pas.
Je lève
les bras et j'appelle -
mais personne n'écoute!
Du Dharma naissent la réussite et la satisfaction:
pourquoi le Dharma n'est-il pas pratiqué?
Ne t'écarte jamais du Dharma – ni pour un plaisir,
ni par crainte, ni par convoitise.
Le Dharma est éternel.
Renonce à la vie,
mais pas au Dharma.
Plaisir et douleur sont éphémères.
L'âme seule est éternelle.

|
 |
 |