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- P. 31
: sur le plateau, un jour d’avril, «Rêveuse»,
la dernière jument travaillant dans le vignoble de Saint-Emilion,
tire la charrue pour déchausser des ceps centenaires. Derrière,
le laboureur respire les effluves de la bête mêlés
à l’âcreté crayeuse de la terre.

- P. 41
: année après année, la vie recommence, acte merveilleux
du monde végétal. Le débourrement précède
l’éclosion des tendres feuilles aux teintes pastel, qui
captent déjà les premiers rayons du soleil. Délicatement,
les grappes fleurissent, libérant des senteurs complexes et subtiles
que seul le promeneur des vignes printanières peut connaître.
La vigne, cette vieille liane qui résiste aux intempéries,
s’accroche solidement grâce à ses vrilles capricieuses
aux fils de fer que l’homme lui a déposés.

- P. 43
: un petit coin entre Garonne et Dordogne où l’homme, pour
son plaisir, sait protéger la nature en faisant jouxter harmonieusement
la vigne et les bosquets – dernier refuge d’un gibier tant
convoité.
- P. 61
: tant de secrets d’alcôves ou de buissons se cachent dans
nos campagnes…
Quel vin se dissimule derrière la petite fenêtre du chai,
couverte de glycine?
En cette chaude fin d’après-midi, que fait la belle vigneronne
sans son chapeau de paille?
- P. 71
: enfin la vendange tant espérée!
Bien placé sous le pied, le panier de bois devient un berceau
provisoire. Dans
les Côtes de Bourg, un vieux cuvier creusé dans la roche
calcaire, semble attendre le vin qui va naître pour mieux le protéger.
L’odeur humide et champignonnée de la cave se taira; ce
sont les vapeurs carboniques, caractéristiques de la fermentation,
qui imprégneront la cour. Ces tas de rafles veuves de leurs baies,
seront compostés; il leur tarde d’aller renourrir la terre
qui les a produites.

- P. 73
: l ’adieu du clocher de Saint-Emilion à la nouvelle récolte,
entassée et prisonnière dans les cagettes.
Les grains de raisin, gorgés de soleil et recouverts de la pruine,
se sont parés d’un habit satiné.
Ils nous invitent à les palper, à les croquer une dernière
fois, avant de disparaître dans la gueule du fouloir-égrappoir.

- P. 79
: symphonie rouge bordeaux autour d’un pressoir vertical, dont
la cage de bois laisse passer lentement ses larmes colorées.
Le marc s’assèche peu à peu et une fois épuisé
se laisse démouler tel un gâteau immense.
Le scourtin de chanvre, teinté à vie, doit sécher
au soleil, puis attendre les prochaines vendanges.

- P. 85
: à l’automne, ces fameux brouillards escaladent les douces
pentes entre Preignac, Barsac et Sauternes, pour napper de leurs
perles
humides les fruits dorés, favorisant ainsi le développement
de leur dernier compagnon de voyage: le botrytis.
- P. 93
: au fil du temps, dans les barriques bien alignées, le vin nouveau
se clarifie lentement.
Le soutirage permet d’éliminer les lies grâce à
un matériel insolite: fontaine bordelaise, botte, crapaud, bassin,
bidon pour l’ouillage.
Le deuxième hiver, le vin collé aux blancs d’œuf
dépose des lies plus lourdes et irisées, qui semblent
recouvrir de moire la baille à lies.

- P. 99
: lieu de traditions, le chai à barriques personnalise les vins;
il devient parfois une salle de spectacle pour un théâtre
muet.
- P. 101
: dans le ventre des barriques, le vin mûrit tranquillement pendant
des mois et des mois.
Seul moment agité de ce lent élevage: le soutirage, opération
importante et délicate.
Le vin se libère ainsi tous les trois mois, s’écoulant
par la fontaine bordelaise pour respirer un bon coup. C’est l’œil
et la main de l’homme, ensuite, qui viennent pour séparer,
à l’aide d’une source lumineuse, les lies déposées
d’avec le vin limpide.
La flamme fragile, l’odeur cireuse et fumeuse de la bougie ont
disparu; place à la baladeuse électrique qui éclaire
intensément le verre du «tireur»!

- P. 103
: dans un cuvier médocain: les épousailles heureuses du
bois et de l’inox.
Ces cuves modernes, judicieusement conçues avec leur tronc conique
et leurs anneaux pour l’échange thermique, rappellent les
anciennes cuves en bois cerclées d’acier.
Planches et charpentes, réagissant aux jeux de lumière,
apportent à la rigueur lisse du métal, la chaleur rugueuse
du bois.

- P. 113
: la table est mise; dans les carafons au long col et les premiers verres
déjà remplis, les vins décantés embaument
subtilement la salle à manger… on n’attend plus que
les convives.
Le soleil seul est autorisé à entrer; c’est lui
qui, rougeoyant, instillera les cœurs au moment de la fête.


- P. 115
: saisir le pied d’un verre avec fermeté pour regarder
la robe du vin qui danse doucement,
Sentir les parfums évocateurs de lieux que seule la mémoire
connaît,
Toucher enfin de ses lèvres le bord de cristal où arrive
la vague désirée par le palais…
C’est le plaisir de boire.
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