On ne peut pas évoquer l'histoire de la digue du Cap-Ferret sans parler de l'évolution de l'ensemble des passes du Bassin d'Arcachon qui constitue un univers de sable en mouvement.
Dans cet univers particulier, la presqu'île du Cap-Ferret n'est qu'un simple banc de sable. Elle a donc, à l'origine, la même nature que les bancs de sable qui se forment et se déforment dans les passes du Bassin d'Arcachon (du point de vue hydrologique, les passes, ce couloir emprunté par les marées pour entrer et sortir du Bassin, s'étendent de la pointe d'Arcachon jusqu'à la sortie du banc d'Arguin). Cet ensemble sableux, s'il n'est pas fixé par l'homme, dérive naturellement vers le sud, poussé par les vents et les courants
dominants
de l'Atlantique.
L'homme, en colonisant
progressivement cet ensemble en mouvement,
a fixé certains points avant d'autres. Ainsi, il a entrepris de fixer la pointe d'Arcachon quand il a décidé d'y créer une station vers 1850. Hélas, il n'a compris la nécessité de fixer la pointe du Cap-Ferret que 100 ans plus tard, alors que celle-ci avait déjà perdu 1 km.
Pour quelles raisons cette partie du Cap-Ferret a t'elle été perdue ?
Et bien le chenal du
Teychan,
qui passe devant Arcachon et draine à marée descendante 70 % de la surface du Bassin*, a été dévié sur le Cap-Ferret depuis que la façade d'Arcachon a été fixée par l'homme, aux prix d'énormes difficultés, on peut s'en douter (plus de 50 ans de travaux). Auparavant la puissance de ce flot, combinée à celle du chenal de Piquey, s'écoulait naturellement en direction du sud-ouest, vers la dune, sans toucher la presqu'île du Cap-Ferret. Sans les travaux sur Arcachon, il en serait toujours ainsi.
* surface qui, multipliée par un marnage moyen de 4m par marée représente environ 400 millons de m3, 2 fois par jour.
Il a fallu donc penser à protéger le Cap-Ferret et surtout agir ! Aujourd'hui, une digue artisanale et quelques hommes acharnés font face. Nous allons tâcher ici, avec l'aide de documents officiels de la SOGREAH (bas de page), de vous expliquer les objectifs de cette épopée, il faut savoir qu'en l'absence d'une telle protection les flots auraient déjà submergés la pointe du Cap-Ferret à hauteur de la conche du Mimbeau entraînant avec eux plusieurs centaines de maisons (on parle de 600).
Le phénomène.
Les 2 côtes situées à l'entrée du Bassin d'Arcachon ( celle du Pyla et celle du Cap-Ferret) subissent une érosion naturelle provoquée simultanément par les houles de l'atlantique, les forts courants de marée et des quantités impressionnantes de sable océanique.
Les spécificités de la digue
La digue a commencé à être édifiée à la fin des années 1950 par les différents riverains qui se sont succédés sur ces terres menacées. Elle n'est pas rectiligne et épouse les contours du rivage, tantôt des anses, tantôt des pointes. Les pointes, éléments stratégiques de la protection, sont les plus vulnérables.
La construction est un empilement de roches, pierres, blocs de béton, gravats... Elle s'étend le long du littoral, commençant à l'extrémité de la pointe du Cap-Ferret au point nommé « digue de Bartherotte » (du nom du propriétaire du terrain), elle longe ensuite les terres du domaine des « 44 Hectares » (appartenant à plusieurs propriétaires) jusqu'à sa fin, à la pointe « Hortense » située avant la conche du Mimbeau.
L'extrémité de la pointe du Cap-Ferret, début de la digue « Bartherotte », face à l'océan.
Digue « Bartherotte "
Digue « Bartherotte "
Ceci n'est pas une plage privée mais une brèche ouverte par un glissement de terrain.
Digue des « 44 Hectares »
Digue "Hortense"
Fin de la digue « Hortense », juste avant la conche du Mimbeau
En chiffres
:
- Profondeur du chenal au pied de la digue (au plus profond) : 27 mètres à marée basse.
- Hauteur de la partie émergeante : environ 3 mètres (suivant la marée).
La digue mesure donc environ 30 mètres de haut, soit, à titre comparatif, la hauteur d’un immeuble de 9 étages.
- La paroi extérieure de la digue a un angle d’environ 60 degrés par rapport à l’horizontale (à vue d’œil), ce qui donne une base approximative de 15 mètres à l’aplomb du bord de la digue.
Affaissements. Attention danger !
Les abords de la digues sont extrémements dangereux, l'apport régulier de sables océaniques sur les plages qui bordent l'édifice provoquent par leur poids des glissements de terrain impressionnants, des pans entiers de plage glissent régulièrement et subitement dans le chenal, le plus souvent par temps et mer calmes.
Chaque jour l'océan dépose ici des tonnes de sable (environ 1000 m3) et fragilise cette petite plage.
Le phénomène se produit le plus souvent à marée basse et par temps calme.
Un rescapé !
Qui entretien, qui finance la digue
La pointe « Hortense » est la seule portion de digue située sur le domaine public (d'une longueur d'environ 100 m), l'entretien en incombe à la municipalité . Cette pointe défensive, est régulièrement attaquée par les éléments (
Claude Mustel, copropriétaire d'un ancien hôtel situé face au restaurant « Chez Hortense ». « En 1977, le sable s'est vidé d'un coup, emportant avec lui les arbres du jardin. On a dû faire venir 55 camions en urgence ». )
.
L'énorme charge financière nécessaire à l'entretien des centaines de mètres restants en revient à une poignée de riverains : les titres d'adjudication des parcelles qu'ils détiennent pour ces terres (délivrés à partir de 1907) et qui leurs permettent d'habiter sur le Domaine Public Maritime, les obligent à entretenir ces rives ou à quitter les lieux s'ils baissent les bras !
Chaque année les interventions de remise en état de la digue durent entre 1 mois et 1 mois et demi, dans ces moments là, 30 à 60 camions font quotidiennement la navette. Chaque camion de matériaux coûte environ 250 euros.
La portion de la digue « Bartherotte » est de loin la plus attaquée, ici un homme et sa famille luttent vent debout depuis plus de 20 ans.
Toutes ces gens défendent leurs biens, ceux des habitants qui sont juste derrière ainsi que les biens publics qui s'y trouvent. A ce jour l'Etat n'a pas pu apporter de solutions au problème de ces riverains ni à leur avenir menacé.
RAPPORT OFFICIEL de la SOGREAH – Mars 2008
- Synthèse des évolutions
- Synthèse de l'érosion
- Menace sur les habitations
VOIR LE RAPPORT
RANSINAN, HESSEL